Un portrait un peu particulier aujourd’hui, car il s’agit non pas d’un article ordinaire mais d’un cadeau écrit spécialement pour l’anniversaire de mon amie Alice Des. Il n’y a donc pas eu d’entretien à proprement parler, simplement des mots et des souvenirs pour exprimer mon affection et mon admiration pour Alice, qui a définitivement sa place parmi mes Belles Personnes.

Bonne lecture !

Il y a de ces gens dont j’aimerais parler au sein des Belles Personnes, mais qui n’y figurent pas. A côté de ce « pas » je rajoute parfois un « encore » – « Pas encore ! Mais bientôt sans doute. » -, et ça me rassure, un peu. Car il y a de ces gens dont je ne parle pas dans mon blog, et qui sont pourtant à mes yeux parmi les plus belles personnes qui soient. Parfois par manque de temps, ou parfois par timidité, par peur d’en faire un peu trop aussi : je n’écris pas sur eux. Il y a de ces personnes qui sont des belles personnes mais qui ne figurent pas au sein des Belles Personnes.

Il y a Alice.

Parfois des amitiés se nouent grâce à l’ennui. En cours d’espagnol je rêvasse et observe mes camarades de classe, à défaut de comprendre quoique ce soit des exercices qui nous sont proposés. A côté de moi, ma voisine dessine. C’est la première fois que je la rencontre, ou peut être la deuxième : la tête penchée sur sa feuille blanche, je ne peux apercevoir que des petits sourires sous les mèches folles qui cachent son visage. Alice dessine, bien. Je la prends même pour une artiste que je connais déjà d’un site internet ; « Ah, c’est sans doute pas moi ! Faut dire que j’ai un style assez commun … ». Elle dit ça comme pour s’excuser, mais avec le sourire, grand. Alice est une fille confiante.

Un autre moment, plus récent celui ci : Alice et moi marchons sur les bords de Seine. C’est la première fois que je la vois en dehors des cours; la nuit tombe doucement sur Paris et l’air se fait plus frais. Nous discutons de tout et de rien, de ses dessins, surtout. J’aime regarder Alice dessiner et l’entendre parler de ses projets. « J’aimerais bien être illustratrice, mais mes parents préféraient que je prépare le concours de SciencesPo plutôt que de tenter les beaux arts ! » Là encore, pas de regrets ou d’inquiétude dans le ton d’Alice : elle me parle d’un fait, certainement pas d’une fatalité.

Un mois plus tard, peut être deux : je me trouve dans la chambre d’Alice. Je retire mon tee shirt, mon pantalon, mon sérieux aussi ; lorsque je pose pour elle nous rions beaucoup, pour pas grand chose. « Je dessine tes fesses ! ». Alice pouffe et je me retiens à grand mal de rire aussi, de peur de perdre ma position. Immobile, mon regard se ballade sur les meubles dont les ombres dessinent des formes étranges au mur; je me perds dans un vague indéfini. La nuit tombe dans le petit studio d’Alice mais je plisse les yeux face à la lumière vive qui y règne. Son visage est concentré, elle ne lève que très rarement les yeux lorsqu’elle me parle. Un autre jour, j’avais croisé son regard et lui avais dit: « mais dis, tu as une petit coquetterie au niveau des yeux non ? Ils sont pas tout à fait symétriques je crois.». Pour la première fois, Alice n’avait pas souri. Moi, bête et nue devant ce complexe involontairement dévoilé.

Mais là, sans vêtements et les membres endoloris, sur le lit et sous le crayon d’Alice, je me sens bien ; durant une poignée de jeudis soirs, je suis ailleurs. Dans un autre univers, une fille pas très pudique rit.

Comment exprimer son admiration à une personne sans dépasser les frontières qui délimitent l’amitié de l’idolâtrie ? A ce genre de questions, Alice répondrait sans doute par un froncement de sourcils ou par une lampée concentrée dans sa cannette. Du coca light, toujours, surtout pendant les révisions des partiels ; le temps où les pauses à la bibliothèque se font de plus en plus fréquentes, plus longues aussi. Le soleil brille au dessus du jardin de SciencesPo : il est petit, sale aussi, mais peu importe, puisqu’on s’y sent bien. L’année prochaine, ça sera différent, Alice sera loin, toutes les amies aussi. Néanmoins, notre avenir ne me fait pas peur. Un jour, Alice signera mon exemplaire de sa première bande dessinée, et elle me sourira. Comme toujours.

Un dernier souvenir, plein de la chaleur du mois de Juin. C’est la fin de mon année à Paris, déjà il faut déménager et partir, avant de s’envoler loin, si loin. Je suis assise parmi les meubles vides et ma mère me tend un courrier : ça vient d’Alice. Il y a là une carte postale et un petit dessin issu de nos séances de poses. « Joyeux anniversaire Lucie ! », Lorsque je secoue l’enveloppe, des paillettes s’en échappent et s’étalent sur le sol immaculé. Des étoiles, des cœurs : ça brille et ça s’envole jusque dans les recoins de l’appartement censément propre.

Je ris.

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